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TOGO-POLITIQUE-UFC-INTERVIEW: Patrick Lawson: "Nous mettrons tout en oeuvre pour reprendre les discussions avec le régime".

image Le premier vice président de l'UFC , Patrick Lawson (Photo Savoir News)

LOME (Togo), 14 juin /09 (Savoir News) - L’Union des Forces de Changement (UFC), principal parti d’opposition de Gilchrist a boycotté jeudi dernier, la première réunion du Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation (CPDC) réaménagé pour protester contre l’élargissement de cette structure à d’autres partis politiques et à la société civile.

L’Union des Forces de Changement (UFC), principal parti d’opposition de Gilchrist a boycotté jeudi dernier, la première réunion du Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation (CPDC) réaménagé pour protester contre l’élargissement de cette structure à d’autres partis politiques et à la société civile. Son principal allié, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR, deuxième force politique de l’opposition) n’y était pas également pour les mêmes motifs. Approché par l’Agence Savoir News, Patrick Lawson, le premier vice-président de l’UFC a estimé que la page n’est pas définitivement tournée. Sa formation politique compte "mettre tout en œuvre pour reprendre les discussions avec le régime par les moyens les plus républicains".

 

                                                 Propos recueillis par Junior AUREL

 

Savoir News: La première réunion du CPDC réaménagé s'est déroulée jeudi dernier sans les représentants de l'UFC et du CAR. Est-ce à dire que la page est définitivement tournée?

 

Patrick Lawson: Non, ce que nous disons, c'est que le régime revienne à de meilleurs sentiments. Nous ne demandons pas à être en face d'eux (ensemble avec le CAR) pour leur imposer nos positions. Mais plutôt pour rechercher tout ce qui peut aller dans l'intérêt de nos populations et nous éviter une fois encore, de mauvaises élections qui entraînent souvent des violences. Voilà notre grand souci. Mais le régime n'a qu'un seul souci: tout mettre en oeuvre pour ne pas avoir les réformes, croyant que c'est des pistes qui peuvent lui permettre de gagner plus facilement la présidentielle de 2010. Nous allons les appeler et leur dire qu'ils sont en train d'emprunter la mauvaise voie.

En réalité, le CPDC tel que conçu par l'Accord Politique Global (APG) est une structure qui devrait servir de concertations et de consultations. Cela pouvait aller des partis politiques aux simples individus significatifs dans le pays et qui méritent d'être consultés à l'occasion d'un évènement: en temps de guerre, sur la vie chère, sur tous les problèmes ayant trait à l'intérêt national. Les critères de base pour appartenir à ce Cadre ont été bien définis: recueillir 5% aux législatives de 2007 ou être membre de l'Assemblée nationale. Dans les trois premiers décrets pris par le chef de l'Etat Faure Gnassingbé, l'idée a été retenue. Un quatrième décret est allé un peu plus loin en confiant spécifiquement au CPDC, une mission: les réformes constitutionnelles et institutionnelles avant la présidentielle de 2010. Ce décret a même désigné les trois partis politiques ayant réuni les conditions: le RPT, le CAR et l'UFC. Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes.

Ce sont les mêmes qui avaient posé les conditions, qui par la suite ayant constaté qu'ils ne sont pas à l'Assemblée nationale ont commencé à revendiquer leur appartenance au CPDC. Et cela a été soutenu par le régime qui a sa propre stratégie.

Nous mettrons tout en oeuvre pour reprendre les discussions avec le régime par les moyens les plus républicains: les marches, les meeting d'explications etc…

Nous savons qu'ils comprennent bien ce langage, puisqu' eux-mêmes l'utilisent. Nous voulons le faire dans l'apaisement et dans le calme. Mais, je ne le cache pas, c'est une démonstration de force. Si le régime le refuse, c'est qu'il a compris que quelque part, nous allions faire une démonstration de force. Le refuser c'est la même chose, l'autoriser, c'est aussi la même chose.

 

Savoir News: Vous appelez à une marche le 20 juin. Es-ce aujourd'hui, la meilleure méthode?

 

Patrick Lawson: Je repose la question autrement: est-ce que refuser ce que nous avions arrêté ensemble est une bonne chose? Si cela n'est pas une bonne chose, donc cette démonstration de force est une bonne chose. Elle se fait dans toutes les démocraties et pourquoi pas au Togo. C'est partout, même en France. Lorsque les partis politiques, les syndicats réclament quelque chose et qu'ils n'arrivent pas à l'avoir, ils descendent dans la rue. Et c’est dans cet esprit que nous nous inscrivons. Oui, je vous dis que c'est la bonne méthode, car nous n'avons pas d'autres moyens. Ce sont des moyens que prévoient ou autorisent la charte des partis politiques et la constitution.

 

Savoir News: Avez-vous au moins  saisi le facilitateur du dialogue Inter-togolais, le président Blaise Compaoré?

 

Patrick Lawson: Je n'ai rien à cacher. Nous l'avons fait. Nous avons vu le président Blaise Compaoré et nous lui avons tout expliqué. Nous lui avons dit que nous ne voudrions pas qu'on donne l'impression qu’on veut déstabiliser le pays par de grandes manifestations. Que nous souhaiterions réellement qu'il puisse trouver un modus vivendi entre nous de façon qu'on puisse reprendre le dialogue. Le Togo a trop souffert. Et d'ailleurs c'est pour cela que nous avons choisi la voie de la négociation. Nous ne l'abandonnerons pas. Il ne faut pas qu'on s'amuse encore avec le sort de nos populations. Il faut que chacun accepte de se retrouver à la table de négociation dans l'orientation qui a été faite par nos propres populations. Lors des législatives, elles ont choisi le RPT, le CAR et l'UFC. Ces partis sont condamnés à trouver des solutions pour l'avenir de ce pays.

 

Savoir News: Certains responsables politiques vous accusent de transformer le CPDC en une tribune de signature d'un "accord bis" devant servir de feuille de route pour la présidentielle de 2010. Qu'en dites vous?

 

Patrick Lawson: Est-ce même une mauvaise chose, le fait de rester ensemble pour trouver des solutions, afin que les prochaines élections soient bien organisées. L'objectif fixé, c'est de rechercher un consensus sur un certain nombre de problèmes. En quoi cela est une tribune d'invectives. Tout ce que nous avons recherché, c'est des partis politiques soucieux de l'intérêt national, parce que choisis par les populations elles-mêmes et qui posent des actes devant aider à ne plus tomber dans les travers du passé. Voilà les raisons pour lesquelles nous nous sommes accrochés à ce Cadre adéquat pour discuter des problèmes ayant trait aux réformes constitutionnelles et institutionnelles. N'oublions jamais que la constitution a été votée par l'ensemble des Togolais en 1992 à une très forte majorité de près de 95%. Et par la suite, c'est un seul parti politique qui a changé les dispositions contenues dans cette constitution. Loin de dire que cette constitution est parfaite, mais elle d'une source qu'on ne peut pas contester: la source populaire. Aujourd'hui, on veut nous imposer un texte qui crée des problèmes parce que discriminatoire. Or le Togo n'a pas le droit de faire de la discrimination après tout ce que nous avons connu. Il faut un Cadre adéquat pour résoudre les problèmes purement politiques, pour discuter à fond ou bien sur le fond des problèmes qui se posent pour qu'on ait plus à remettre sur pied au Togo, une autre Commission vérité, justice et réconciliation. Si on discute de ces problèmes, je crois que la dernière chose que nous devrions faire, c'est de nous donner des garanties mutuelles en nous disant: cela ne doit plus arriver sur la terre de nos aïeux.

 

Savoir News: Le climat politique est apparemment vicié ces derniers jours. Vous n'êtes pas inquiets?

 

Patrick Lawson: Oui, sinon je ne dirais pas que nous allons nous entêter à rechercher le dialogue. Moi personnellement, je ne voudrais plus que les mêmes choses arrivent au Togo. Si je milite à l'UFC, c'est ce que nous pensons également. Pour répondre de façon claire à votre question, je dis que nous sommes inquiets, mais ce n'est pas une raison pour laisser le pays aller à vau-l’eau. Lorsqu'on créée un parti politique, il faut que ce parti puisse défendre les intérêts des populations. Nous avons un credo: c'est le dialogue, parce que nous retenons une chose. C’est que,  même après la guerre, on dialogue toujours.

 

Savoir News: L'UFC et la CAR ont entamé depuis plusieurs mois des pourparlers pour la désignation d'un candidat Unique. Où en êtes vous aujourd'hui?

 

Patrick Lawson: Après notre premier communiqué, nous nous sommes attelés à une tâche principale, celle de nous investir pour que les prochains textes qui doivent régir les prochaines élections soient révisés. C'est ensemble que  nous avons travaillé au sein du CPDC. Nous avons eu des concertations et des réunions, afin de voir si l'un des partis ne pose pas bien le problème. C'est ce que nous avons fait. Et parfois, cela nous a permis de faire des concessions mutuelles avant d'aller aux discussions.

La deuxième phase est la rencontre des  présidents nationaux des deux partis politiques. Aujourd'hui, l'opposition ne doit pas aller aux élections sans avoir une stratégie et pour cela, nous avons créé une cellule mixte qui va se pencher sur le dossier.

 La cellule a commencé déjà à travailler, mais le travail de fond va démarrer cette semaine pour qu'on puisse trouver un candidat unique.

Si d'aventure - mais je crois que nous sommes très conscients pour que cela n'arrive pas - on ne parvient pas à cette candidature unique, il faut qu'on trouve les voies et moyens pour battre le pouvoir et gouverner ensemble.

 

Savoir News: Votre parti politique est aujourd'hui prêt à soutenir un autre candidat?

 

Patrick Lawson: Ce n'est pas pour rien que nous avons mis sur pied la cellule mixte. Il y a toujours des critères et des éléments de références. Nous avons aussi la volonté et la détermination d'ouvrir le rassemblement à d'autres partis et personnalités.

 

Savoir News: Le doyen des chefs d'Etat africains Omar Bongo Ondimba a tiré sa révérence lundi dernier à l'âge de 73 ans après 41 ans de règne. L'annonce de son décès a provoqué une avalanche d'hommages au "sage" et à "l'ami", venus de personnalités politiques françaises, de nombreux dirigeants du continent africain ou encore du président américain Barack Obama. Etes-vous dans la même logique?

 

Patrick Lawson: C'est toujours douloureux de perdre un être humain et surtout de l'acabit du président Omar Bongo Ondimba. Nous le regrettons, parce que c'est un  homme qui avait beaucoup d'humours. Il mettait de la guettée partout et avec son style, il comprenait les uns et les autres, qu'on soit du pouvoir ou de l'opposition. Nous adressons nos vives condoléances à sa famille, au peuple gabonais et à tous ses collaborateurs.

Il peut être vu comme un petit dictateur, mais de par ses caractères, il n'a pas fait du mal à ses populations. C'est un homme qui a une grande ouverture d'esprit et qui l'a toujours manifestée vis-à-vis des uns et des autres. La seule chose, c'est que 41 ans au pouvoir, c'est beaucoup. Mais tout cela, c'est parce que ceux qui restent au pouvoir n'ont aucune garantie pour l'avenir, pour leur famille et leur entourage. Alors, ils préfèrent mourir au pouvoir. Il faut que la nouvelle génération africaine pense autrement. Que ceux qui quittent le pouvoir bénéficient d'une certaine garantie, cela peut aider à l'alternance. Et que ceux qui nous gouvernent  sachent aussi qu'il ne sert à rien de rester trop au pouvoir.

ja/eg/al/ SN - (228) 962 59 79 / 996 68 62.

 Savoir News, la première Agence de presse privée au Togo.

 

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